Ces mèches ne vous disent rien? Vous ne reconnaissez pas le balayage?
Alors je vous donne un 2ème indice
Vous ne voyez toujours pas?
Là, c'est mieux?
Non?
Mais si je vous montre ce sourire irrésistible et ce regard vif, je suis sûre que tout s'éclaire.
C'est un paresseux à 3 griffes qu'on appelle aÏ. Son cousin, le paresseux unau n'a que 2 griffes.
Il se traînait sur la route quand je suis passée. Je n'avais malheureusement pas de quoi le photographier. Habitant à 2 pas de là, je suis allée chercher mon appareil photo. A mon retour quelqu'un, de crainte qu'il se fasse écraser, l'avait déplacé et approché des grilles où il s'accrochait aussi fort qu'une moule à son rocher.
Quel charme!
Pour les photos, il est parfait. Il prend la pose ... et y reste très longtemps.
En 2 heures, il n'a quasiment pas progressé. J'ai fini par appelé les pompiers qui sont venus le détacher pour le remettre dans un environnement plus favorable.
Ce n'est pas un hyper actif. Il dort 15 heures par jour.
C'est un mammifère qui passe des journées entières dans les arbres dont il mange les feuilles et n'en descend qu'une fois par semaine pour faire ses besoins.Celui-ci apparemment c'est le mardi!
Peu après la rivière de Cayenne en direction de Kourou, au PK 13, on emprunte sur la droite une piste un peu défoncée. Après avoir zigzagué pour éviter les nids de poule, on arrive devant un bâtiment atypique à la façade rythmée constituée de béton, containers et de murs ajourés en bois pagaie, superbes.
C'est là que Pierre Demonchaux, un éco-designer plasticien aux multiples talents a installé son atelier et sa salle d'exposition qu'il met aussi à la disposition d'autres artistes le temps d'un week-end.
L'homme est autodidacte et touche-à-tout, menuiserie, sculpture, fonderie... C'est le roi de la récup. Des extincteurs se transforment en vase, des pneus encadrent un miroir, avec la latérite il fabrique des meubles, une liane devient une sculpture végétale. Et bien sûr, il sait tirer le meilleur parti des bois de Guyane, ébène, satiné rubané, bois serpent, bois pagaie...
Pierre Demonchaux travaille à la commande. Un book permet de découvrir d'autres de ses réalisations, toutes magnifiques.
Et si on bazardait notre vieille table ronde et nos étagères d'un suédois bien connu ?
Juste sous ma fenêtre de séjour, un serpent chasseur glissait sur une noix de coco du jardin.
Même s'il sait se défendre, il n'est pas bien méchant et plutôt craintif.
A mon approche, il s'est enfui.
Dimanche, le réveil nous tire du lit dès 3h30. Week-end ne signifie pas toujours repos. Il faut dire que nous avons une bonne motivation: arriver au dessus de la roche Virginie pour admirer la canopée dès les premières lueurs du jour.
Depuis Cayenne, il faut compter 2 heures de route pour arriver au départ du sentier.
A notre arrivée, des cris très impressionnants retentissent. Ce sont les singes hurleurs qui se font entendre au lever du jour, mais il est inutile de les chercher. Leur cri résonne jusqu'à une quinzaine de kilomètres à la ronde.
J'emprunte une petite vidéo trouvée sur You Tube pour vous les faire entendre.
Le matin est en moment magique en forêt en Guyane. C'est un vrai concert de chants d'oiseaux. Nous reconnaissons des aras mais ils sont bien trop haut pour que nous les apercevions.
Après une heure de marche, nous arrivons au dessus de la roche Virginie,
La roche Virginie est un inselberg, de l'allemand Insel, île, et Berg, montagne. C'est une formation granitique qui émerge de la forêt à 138 mètres d'altitude et permet d'avoir une large vue sur la canopée, magnifique au petit matin quand la brume enveloppe encore les arbres.
Il y a environ 200 inselberg en Guyane pouvant atteindre 700 mètres d'altitude mais celui-ci est le plus accessible.
On les appelle aussi savanes-roches. Les conditions climatiques y sont extrêmes, la température pouvant varier de 18 à 75° et l'humidité de 20 à 100% en 24 heures. Une végétation très particulière s'y développe.
Pendant la saison humide, la roche apparemment nue est une véritable patinoire. C'est à cause d'une plante microscopique, une algue bleue, appelée cyanobactérie, qui donne cette couleur noire à la roche et prépare l'installation de plantes vasculaires.
Nous sommes en saison sèche et pouvons facilement arpenter la roche et observer la végétation et la faune qu'elle abrite.
En cette fin octobre, les orchidées sont encore en fleurs.
Cette minuscule dendrobate de guère plus d'un centimètre prend la pose, nous permettant d'admirer son costume bigarré.
Après avoir bien profité du paysage et avant que le soleil soit trop ardent, nous redescendons et savourons la fraîcheur de la forêt.
Des blocs de granit, appelés cannelés, bordent le sentier.
Après de multiples sorties en forêt, je suis toujours fascinée par les racines, les lianes, les arbres.
Je ne sais pas qui est le sculpteur de cette forêt amazonienne mais je le trouve particulièrement talentueux et sans doute un peu torturé.
Prenant mon petit déjeuner sur la terrasse, un martèlement attire mon attention.
Il me faut peu de temps pour localiser l'oiseau "charpentyé" comme le nomme les créoles.
Depuis 10 bonnes minutes, il frappe le tronc d'un cocotier du jardin, à la recherche de quelques insectes.
Le pic ouentou est un oiseau commun en Guyane, ce qui n'enlève rien à son intérêt à mes yeux.
Quel magnifique casque à plumes rouges!
Très concentré sur sa tâche, il me laisse tout le temps de le photographier.